L’Allemagne se divise sur le sort de son « premier prisonnier politique » Carles Puigdemont

La réaction du gouvernement allemand a été tardive, prudente et laconique. Ce n’est qu’en toute fin d’après-midi, dimanche 25 mars, que Katarina Barley, la ministre de la justice, a commenté l’arrestation par la police allemande, en fin de matinée, de Carles Puigdemont, l’ex-président indépendantiste de la Catalogne. « Les premiers temps de l’affaire sont purement judiciaires. Vous comprendrez donc que je n’intervienne pas politiquement dans une procédure qui ne relève que du droit. Et que je ne fasse pas de déclarations précipitées », s’est contentée de déclarer Mme Barley sur la chaîne de télévision ARD.

Il était en effet difficile d’imaginer que le gouvernement fédéral allemand se précipite pour commenter le sort réservé à M. Puidgemont, alors que la justice régionale du Schleswig-Holstein, le Land où il a été arrêté, a jusqu’à mardi pour décider de le mettre ou non en liberté conditionnelle, avant qu’un autre tribunal se prononce sur le fond, à savoir sur sa demande d’extradition formulée par l’Espagne.

Il n’empêche : même si le gouvernement allemand souhaite, pour l’heure, la cantonner à sa pure dimension juridique, l’affaire a déjà pris un tour très politique outre-Rhin. Dimanche, le parti de gauche radicale Die Linke a qualifié de « honte » l’arrestation de M. Puigdemont, et réclamé sa « libération immédiate »
Egalement dans l’opposition, les Verts et les libéraux-démocrates (FDP) ont réclamé une prise de position claire de la part du gouvernement d’Angela Merkel, afin que celui-ci pousse la Commission européenne à se saisir du dossier au lieu de le laisser entre les mains de la justice d’un seul Etat. « Juridiquement, la détention de M. Puigdemont n’est pas contestable, mais politiquement elle soulève de gros problèmes », a ainsi réagi le député FDP Alexander Graf Lambsdorff, dimanche.

Depuis le début de la crise catalane, la « grande coalition » de Mme Merkel considère que la cause indépendantiste n’est ni légale, ni légitime. D’un autre côté, l’Allemagne peut-elle faire avec M. Puigdemont ce que d’autres pays européens n’ont pas fait avec lui jusqu’à présent, à l’instar de la Belgique où il s’est installé en octobre 2017 ? « L’Allemagne a son premier prisonnier politique », commentait, dimanche, le quotidien Süddeutsche Zeitung. Une chose est sûre : quel qu’il soit, le sort de l’ex-président catalan est désormais au cœur du débat politique allemand.

 

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