Les récentes statistiques de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) révèlent une augmentation préoccupante du taux de prévalence du handicap au Sénégal, passant de 5,9% en 2013 à 7,3% en 2023. Cette progression significative souligne l’urgence d’une meilleure prise en charge des personnes en situation de handicap dans notre pays. Selon les données de l’ANSD pour « 2023, les handicaps visuels concernent 3,9% de la population, suivis des handicaps moteurs (3,3%), auditifs (1,6%), des troubles de concentration (1,5%), du manque d’autonomie (1,2%) et des problèmes de communication (1,1%) », informe l’Alliance autisme Senghor dans un communiqué parvenu à PressAfrik.
Au niveau mondial, l’UNICEF estime à 240 millions le nombre d’enfants handicapés, soit un ratio d’un enfant sur dix. Malgré ces chiffres préoccupants, « le Sénégal manque cruellement de données spécifiques sur certaines pathologies, notamment l’autisme », fait savoir la note. Pourtant, souligne-t-elle, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indique qu’une personne sur 160 dans le monde est atteinte de troubles du spectre autistique (TSA). Cette carence d’informations précises constitue un obstacle majeur à la mise en place de politiques adaptées.
Selon l’Alliance, la situation de la prise en charge des enfants autistes au Sénégal révèle des difficultés multiples : diagnostics souvent tardifs, pénurie de médecins spécialisés en pédopsychiatrie, manque de professionnels paramédicaux (orthophonistes, ergothérapeutes, psychomotriciens), insuffisance d’écoles spécialisées, préjugés sociaux persistants et coûts élevés des soins. Dans le domaine éducatif, renseigne la même source, « le bilan est tout aussi préoccupant : sur 10 343 écoles primaires publiques en 2018-2019, seulement 16 étaient inclusives, laissant 11 353 élèves handicapés sur 2 171 967 sans accès à une éducation adaptée ». Une étude récente de l’ONG Sights Savers (2024) montre que les enfants handicapés ont deux fois plus de risques d’être exclus du système scolaire.
Pourtant, rappele l’Alliance Autisme Sénégal, « le Sénégal dispose d’un cadre juridique favorable incluant le Cadre d’Action de Dakar pour l’Education Pour Tous (2000), la Convention Relative aux droits des personnes handicapées (ratifiée en 2009) et la Loi d’Orientation Sociale de 2010 ». Ces textes, en harmonie avec l’Objectif de Développement Durable n°4 des Nations Unies et l’agenda 2063 de l’Union Africaine, garantissent théoriquement le droit à une éducation inclusive.
Face à ce constat, plusieurs recommandations s’imposent : « établir un état des lieux précis de l’autisme au Sénégal, développer un programme d’inclusion scolaire spécifique avec des formations adaptées pour les enseignants et professionnels de santé, et renforcer les partenariats entre tous les acteurs concernés (éducateurs, parents, médecins, collectivités locales) ».
Une large concertation nationale sur l’éducation inclusive, associant l’ensemble des parties prenantes, apparaît aujourd’hui indispensable pour relever ces défis majeurs et garantir les droits fondamentaux des personnes handicapées au Sénégal.
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